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Réflexions et retours d'expérience.

Retour d’ex­pe­rience sur la tech­nique du brains­tor­ming.

6min de lecture

Bien que je sois méfiant envers la liste astro­no­mique de méthodes de concep­tion exis­tantes (sont-elles véri­fiées, toujours d’ac­tua­lité, … ?), j’ai tout de même voulu me faire un avis sur certaines d’entre elles, dont le brains­tor­ming. J’ai donc entre­pris un petit atelier en interne afin de tester et d’étu­dier cette tech­nique, dont voici le compte rendu.


Brains­tor­ming, quésaco ?

Le brains­tor­ming, ou « remue-méninges », ou encore « tempête d’idées », est une tech­nique forma­li­sée de géné­ra­tion d’idées. L’objec­tif final de cette méthode est de résoudre en groupe une problé­ma­tique posée initia­le­ment.

Les prin­cipes.

A l’ins­tar d’une prise de déci­sion quel­conque en open-space, le brains­tor­ming est basé sur quelques prin­cipes simples mais essen­tiels qu’il est impor­tant de respec­ter et faire respec­ter :

  • La critique est prohi­bée;
  • Aucune idée n’est mauvaise;
  • L’amé­lio­ra­tion d’une idée expo­sée est auto­ri­sée (voir recom­man­dée);
  • L’im­po­si­tion d’une idée sous quelque forme que ce soit est prohi­bée

Dans le cadre de mon étude de cette méthode, ce sont ces prin­cipes qui font tout l’in­té­rêt de cette tech­nique de concep­tion. La libre expres­sion et l’ab­sence de contra­dic­tions permettent, non seule­ment de s’ex­pri­mer quelque soit son statut ou ses idées, mais aussi de pouvoir conser­ver des solu­tions opti­males qui ne seraient habi­tuel­le­ment pas approu­vées.

Dérou­le­ment.

Comme pour toutes méthodes d’ac­tua­lité, il existe des variantes, dont le Crea­tive Problem Solving. Mais le brains­tor­ming s’axe prin­ci­pa­le­ment sur quatre étapes :

  1. Le faci­li­ta­teur expose le brief destiné à intro­duire la problé­ma­tique.
  2. Chaque parti­ci­pant exprime un maxi­mum d’idées à l’oral qui sont notées et visibles de tous.
  3. Les idées sont ensuites évalues puis orga­ni­sées par le faci­li­ta­teur et les parti­ci­pants
  4. Le groupe de travail hierar­chise les idées, tout en sépa­rant les utopies des idées réali­sables.

À la fin de cet atelier, d’une durée opti­male de 45min, l’idée expo­sée la plus perti­nente devrait donc, à priori, se démarquer et être choi­sie comme solu­tion à adop­ter.

Mise en appli­ca­tion.

Je le répète régu­liè­re­ment, mais entre la théo­rie et la pratique, il existe un gouffre plus ou moins impor­tant. Et le brains­tor­ming n’y échappe pas. D’ailleurs, cette méthode est d’or et déjà remise en cause pour le bruit pertur­ba­teur qu’elle émet vis à vis des parti­ci­pants. Un article a par ailleurs été écrit sous le titre raco­leur de Brains­tor­ming is dumb. Mais au vu des sources inté­res­santes mais non éprou­vées de cet article, je préfère évoquer l’ef­fi­ca­cité rela­tive du brains­tor­ming.

D’autre part, travaillant dans une société prin­ci­pa­le­ment axée sur le déve­lop­pe­ment, le troll fait quasi-partie de la culture d’en­tre­prise. Or, si on prête atten­tion à ce phéno­mène, on se rend rapi­de­ment compte qu’il émet une pres­sion sociale impor­tante sur les indi­vi­dus (la preuve en est cette expli­ca­tion amusante de la limi­ta­tion des mots de passe).

J’ai donc adapté mon atelier de brains­tor­ming à l’aide des diffé­rentes ressources à ma dispo­si­tion et en fonc­tion des problé­ma­tiques internes déjà obser­vées.

Le brief.

Je ne suis pas un fervant défen­seur de l’im­po­si­tion par l’au­to­rité. Pour autant, j’ai profité de ce premier atelier en tant qu’a­ni­ma­teur pour impo­ser les prin­cipes du brains­tor­ming avant même d’en expliquer le fonc­tion­ne­ment.

Beau­coup de méthodes évoquent la notion de « ludique » desti­née à rendre plus agréable la parti­ci­pa­tion à un atelier. Mais il faut parfois savoir reca­drer les choses en rappe­lant avant toute chose que l’in­té­rêt de ces ateliers est la produc­ti­vité. Bref, faire prendre une petite douche froide pour garder les idées claires. Une fois la mise en garde énnon­cée et le dérou­le­ment de l’ate­lier expliqué, on peut passer à la problé­ma­tique.

Bien que celle-ci devrait être testée et retra­vaillée pour être compré­hen­sible de tous les parti­ci­pants, je ne conseille pas de l’évoquer avec avec ceux-ci avant le début de l’ate­lier (ex: sous forme d’ordre du jour dans un mail). Dispo­ser de la consigne avant l’ate­lier permet d’y réflé­chir sans aucun cadre, et par consé­quent de se limi­ter soi-même. En revanche, je conseille plutôt de passer quelques minutes pour bien détailler l’idée lors de l’ate­lier même. Il s’agit avant tout d’évi­ter les hors-sujets et les limi­ta­tions person­nelles des parti­ci­pants.

Je conseille par ailleurs de cibler des sujets précis, pour éviter de perdre du temps sur des idées diamé­tra­le­ment oppo­sées répon­dant à des problèmes sous-jacents spéci­fiques. Il faut juste­ment trai­ter le problème à la racine afin d’évi­ter d’avoir à trai­ter ceux se trou­vant en dessous.

La récolte d’idées.

Dans un brains­tor­ming clas­sique, les idées devraient être direc­te­ment expo­sées à l’oral. J’ai cepen­dant opté pour l’ap­pli­ca­tion de la méthode du « brain­wri­ting » expo­sée dans l’ar­ticle Brains­tor­ming is dumb. En lieu et place d’une expres­sion orale person­nelle de chaque parti­ci­pant, j’ai préféré deman­der d’écrire chaque idée sur un Post-it®.

La pater­nité des idées est un frein dans leur expres­sion, par peur des critiques ou autre phéno­mène. Mais le fait de les avoir expri­mées sur papier permet d’outre passer cette problé­ma­tique. Il peut cepen­dant être demandé à l’au­teur d’une idée de la clari­fier lors de l’étape suivante. Lorsque cet atelier est renou­velé, les résul­tats peuvent par consé­quent être variables.

De plus, outre une liberté d’ex­pres­sion plus impor­tante pour les parti­ci­pants (la contrainte sociale peut persis­ter malgré tout), la géné­ra­tion d’idées écrite permet de réor­ga­ni­ser plus simple­ment les idées à poste­riori.

Détails et réor­ga­ni­sa­tion des idées.

Un petit tour de table des idées énnon­cées préce­dem­ment est requis pour préci­ser certaines idées. Les problé­ma­tiques de séman­tique entre l’ex­pres­sion et la compré­hen­sion des idées se retrouve tout autant dans ce type d’ate­liers que dans les services que nous construi­sons.

Main­te­nant, il est temps de passer à la réor­ga­ni­sa­tion et à la hierar­chi­sa­tion des idées pour n’en garder qu’une. Ou tout du moins c’est ce qui est censé se passer.

Mais avant d’ob­te­nir un résul­tat final à partir d’une hierar­chi­sa­tion basique, j’ai décidé de regrou­per, avec l’aide des parti­ci­pants, l’en­semble des idées récur­rentes dans diffé­rentes caté­go­ries. Cela n’em­pêche pas pour autant que les diffé­rentes idées peuvent être hierar­chi­sées dans une même caté­go­rie ou indé­pen­dam­ment de celles-ci.

Il est par consé­quent plus simple de hierar­chi­ser et de faire une distinc­tion entre les utopies des points réali­sables. Cepen­dant, j’émet une réserve quand à l’avan­tage de grou­per les idées lorsques celles-ci sont oppo­sées ou que leur hierar­chi­sa­tion est tota­le­ment diffé­rente de celles des caté­go­ries. Ce sera donc un point à vali­der lors de mes prochains essais.

Ne reste alors plus qu’à voir si l’idée la mieux notée est réali­sable seule ou si plusieurs de ces idées peuvent être mises en appli­ca­tion; Voir aucune. Il peut arri­ver que les solu­tions propo­sées ne soient pas appli­cables. C’est ce qui est arrivé lors de l’ate­lier que je prési­dais.

Resul­tats obte­nus.

A la fin de l’ate­lier, j’ai opté pour un ROTI (Return On Time Inves­ted), lui aussi expé­ri­men­tal pour le coup. Et au delà des notes données—­dont je me moque éper­du­ment (bon, d’ac­cord, c’est appré­ciable pour l’égo)—, ce sont les détails des points génants que j’ai appré­cié. En effet, si la méthode en soi était consi­dé­rée comme un atout (permet­tant notam­ment d’ex­pri­mer des idées en tous genres dans un cadre précis), les résul­tats quant à eux ne l’étaient pas tant que ça, ce qui a confirmé mon hypo­thèse initial.

En effet, les résul­tats obte­nus à la suite de cet atelier se sont avérés trop vagues pour être utili­sées en l’état. Et ce n’est pour­tant pas faute d’avoir détaillé chacune des idées énnon­cées.

Concrè­te­ment, cadrer un atelier avec cette tech­nique a ses avan­tages et inco­vé­nients :

  • Impo­ser des règles initia­le­ment permet effec­ti­ve­ment de les faire respec­ter tout au long de l’ate­lier et donc d’ac­cé­der à des idées très person­nelles qui ne sont habi­tuel­le­ment pas publique­ment énon­cées. Pour autant, on peut retrou­ver ces idées lors de conver­sa­tions à plus petite échelle. Il ne s’agit ensuite que d’un problème d’af­fi­nité et de juge­ment person­nel de chaque parti­ci­pant.
  • Les résul­tats obte­nus restent vagues et inex­ploi­tables en l’état. Par consé­quent, le temps inves­tit reste souvent trop impor­tant pour que cette tech­nique ait un réel inté­rêt. Mais il s’agit peut-être d’une conclu­sion variable en fonc­tion du problème et des solu­tions propo­sées.

D’autre part, je consi­dère qu’un problème doit être étudié afin d’en connaitre la cause pour le trai­ter. Par consé­quent, le brains­tor­ming n’est pas une solu­tion idéale si la cause est donnée lors du brief. Une telle tech­nique serait alors trop massive pour être utili­sée de manière à résoudre la problé­ma­tique énnon­cée.

Mon avis sur cette méthode est donc mitigé. Elle apporte un gros avan­tage dans la commu­ni­ca­tion d’une équipe, certes. Mais peut-être qu’une version plus allé­gée, moins consé­quente en terme de temps et plus indi­vi­duelle serait mieux adap­tée … ?

Sébastien ALEXANDRE